La récente mise au point de l’Afssaps (octobre 2011) sur l’initiation et le suivi du traitement
substitutif de la pharmacodépendance majeure aux opiacés par la buprénorphine
haut dosage (BHD) et le communiqué des laboratoires Bouchara-Recordati du 28
septembre 2011 concernant les modifications d’AMM nous amènent à formuler plusieurs commentaires
sur les traitements de substitution aux opiacés (TSO)...
Pascal Courty
Jean Harbonnier, “le lillois”, n’a pas encore dépassé le cap de la
“sexagénie”… Depuis plus de 30 ans, il semble surfer, avec élégance
et délicatesse, sur les rouleaux qui soulèvent la surface
de la “mer” de l’addictologie et de la psychiatrie.
Propos recueillis par Florence Arnold-Richez
Après les “premix” et autres “alcopops”, les boissons énergisantes, et le Red Bull® en
particulier, ont fait leur apparition en France en 2008, après de nombreuses années
d’interdiction (avis défavorables du Conseil supérieur d’hygiène publique de France
depuis 1996), malgré l’avis du ministère de la Santé. Le 2 avril 2008, le Red Bull®
était commercialisé sans taurine, ni glucuronolactone (1), mais avec de l’arginine,
très peu de temps. En effet, le 15 juillet de la même année, le Red Bull® était commercialisé
avec la composition originale (tableau I). Ces boissons sont populaires
en Amérique du Nord depuis plusieurs décennies, et on trouve même maintenant
des boissons contenant à la fois de l’alcool et de la caféine (Four Loko, par exemple,
qui titre entre 6 et 10 degrés). Il existe des effets propres à la prise de caféine (2),
analeptique cardiaque qui peut entraîner – chez des sujets à risque (diabétiques,
malades du coeur, du foie ou du rein, ou troubles de l’humeur) – des palpitations, de
la tachycardie, des pertes de connaissance, un arrêt cardiaque, voire le décès (3-5).
Mais, c’est surtout l’association avec de l’alcool qui est dangereuse : les effets de
l’ivresse sont masqués, entraînant alors une tolérance à l’alcool, une consommation
d’alcool plus importante et plus fréquente (6-8), des prises de risque (sexe à risque,
monter dans un véhicule avec un conducteur ivre, pas de port de la ceinture de sécurité),
et la consommation de tabac, de médicaments hors prescription, de psychostimulants,
comme les amphétamines (4-13).
L’association alcool-caféine a été étudiée et a fait l’objet de nombreuses publications,
aux États-Unis en particulier (4, 9, 13, 14). Ainsi, on a observé plus fréquemment
des troubles psychiatriques (état dépressif majeur, trouble anxieux généralisé,
trouble panique, personnalité antisociale) et une dépendance à divers substances
psychoactives (alcool, cannabis, cocaïne).
Nous avons effectué une étude auprès des étudiants de l’école de commerce de Grenoble
(GEM) en 2011, lors de la publication du rapport Daoust sur les soirées étudiantes
et les week-ends d’intégration.
P. Arvers
Le méthylphénidate (Ritaline®, Concerta®, Quasym®) est un médicament commercialisé
dans le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) chez
l’enfant de plus de 6 ans ; et la narcolepsie (pour Ritaline® 10 mg) avec ou sans cataplexie,
en cas d'inefficacité du modafinil chez l'adulte et chez l'enfant de plus de
6 ans. Dans le cadre de ses missions, le réseau des CEIP-addictovigilance a recueilli
des signalements de détournement d'usage de méthylphénidate, dont certains
en région PACA. Dans ce contexte, le centre d'addictovigilance de Marseille a mis
en place, fin 2010, une étude sur la région avec l’objectif de confirmer l’existence
et l’importance de ces pratiques de mésusage du méthylphénidate (en nombre et
répartition géographique), et de mieux décrire les modalités de consommation des
sujets, les effets recherchés et les conséquences sanitaires liées à cette consommation.
Cette étude présente 2 volets : un volet sanitaire comprenant des informations
en provenance des professionnels de santé et acteurs de terrain (42 questionnaires
adressés à des pharmaciens d’officine ont été analysés et 36 entretiens semi-directifs
ont été effectués avec des responsables de structures spécialisées [CSAPA
et CAARUD]) et un volet patient destiné à recueillir des informations directement
auprès des usagers de ce produit (64 questionnaires ont été analysés).
Il ressort de cette étude que l'estimation du nombre précis de cas concernés dans
la région est loin d'être marginal et ce signal semble localisé essentiellement au
niveau des Bouches-du-Rhône et des Alpes-Maritimes. Les sujets concernés sont
généralement consommateurs de stimulants, d’anciens injecteurs, sujets précaires
et ont des antécédents de TDAH. Les modalités de consommation sont souvent par
voie intraveineuse et peuvent être, dans certains cas, à des quantités importantes
avec plusieurs prises par jour. Cette consommation expose le patient à des risques
sanitaires et a des conséquences sur son état psychologique. De plus, il semble que
les conditions de prescription et de délivrance ne soient pas toujours respectées.
Cette étude a permis de confirmer ce signal. En raison d’un usage détourné croissant
de ce médicament, il est important d'en informer les professionnels de santé et d’en
rappeler les conditions de prescription et de délivrance.
E. Frauger, M. Spadari, S. Djezzar, L. Charrier, T. Malardé, X. Thirion, J.C. Catusse, J. Micallef
Les études menées chez les rongeurs ont permis de mettre en évidence des modulations
d’expression de gènes induites par l’exposition aux substances à risque d’abus,
dans les structures cérébrales importantes pour la mise en place de la dépendance.
De nombreux travaux ont montré que ces modulations sont importantes pour les
altérations fonctionnelles qui vont sous-tendre l’état de dépendance. De plus, certaines
de ces modifications perdurent après l’arrêt du traitement. Ces dernières
années, de nouvelles données publiées dans la littérature ont suggéré que ces modifications
d’expressions de gènes, qui deviennent stables dans les neurones, seraient
dues à des mécanismes épigénétiques. Ces mécanismes complexes ont été étudiés
dans le cas d’exposition aux psychostimulants (cocaïne, amphétamine) mais aussi
à l’alcool. Nous proposons ici un rappel des résultats récents obtenus chez les rongeurs
et en clinique et une réflexion sur leur possible importance dans la prise en
charge des patients.
C. Marie-Claire
Les modalités de soins en milieu carcéral sont encadrées par la loi du 18 janvier
1994. Cette loi, profonde refonte du système, consacrant notamment le transfert
de la prise en charge sanitaire des détenus au ministère de la Santé, et le principe de
gratuité des soins en milieu carcéral, constituait une reconnaissance et se voulait
une réponse à un problème finalement reconnu de santé publique. Elle était aussi
un défi pour la profession médicale. C'est ainsi que les Unités de consultations et de
soins ambulatoires (UCSA) ont vu le jour.
Aujourd'hui, 15 ans après la promulgation de la loi, quel bilan pouvons-nous faire ?
La médecine en milieu pénitentiaire, qui se doit de proposer une équivalence, une
continuité de soins avec l'extérieur, est confrontée à une population très exposée,
dont 30 % présentent une addiction à des produits psychoactifs, où la prévalence
de patients bénéficiant d'un traitement de substitution est 14 fois supérieure qu'en
milieu ouvert. Si le constat est satisfaisant à la vue des résultats, il faut néanmoins
souligner un manque de formation du personnel pénitentiaire, et une réelle hétérogénéité
de prise en charge selon les UCSA.
La prise en charge des infections virales est une problématique majeure de la médecine
pénitentiaire. Dans la période examinée, si une baisse générale de la prévalence
est à souligner, elle reste largement supérieure à celle du milieu ouvert : un peu plus
d'1 détenu sur 20 est aujourd'hui infecté par le VIH et/ou le VHC. Le système de prévention
et thérapeutique, s'il porte ses fruits, peut néanmoins être amélioré. Cela
passerait par une prise en charge de la précarité, une meilleure prévention, information,
mais aussi traitement des pathologies virales, souvent insuffisant en ce qui
concerne les hépatites, et les traitements post-exposition.
Enfin, la préparation de la sortie devrait faire l'objet d'une plus grande attention. Il
y a une réelle carence concernant la prise en charge sociale, de la préparation à la
sortie au suivi post-incarcération, le Service pénitencier d'insertion et de probation
(SPIP) assurant davantage une surveillance individuelle qu'un travail d'assistance
administrative, notamment médicale.
F. Meroueh
De nombreux produits, naturels ou non, peuvent modifier les comportements,
dont beaucoup font l’objet d’une consommation délibérée, de manière traditionnelle,
dans la quasi-totalité des sociétés. En 1986, un rapport du bureau régional
de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) à Brazzaville notait l'augmentation
générale du problème de la drogue sur le continent africain. Des régions importantes
sont devenues dépendantes du revenu que procure la culture du chanvre
indien. Ce rapport soulignait également la disponibilité et l'utilisation excessive
des substances psychotropes délivrées sans ordonnance dans beaucoup de pays
africains. Cette situation venait s'ajouter à l'utilisation déjà répandue des drogues
licites comme l'alcool et le tabac. L’Afrique subsaharienne constitue aujourd’hui un
maillon important dans plusieurs domaines en lien avec les drogues. Des politiques
préventives précoces peuvent éviter sa propagation. Cela est d’autant important
que les liens entre certaines toxicomanies et l’infection à VIH/sida sont établis. Chez
un même individu, la co-occurrence d’un trouble lié à la consommation d’une substance
psychoactive et d’un autre trouble psychiatrique est aussi fréquente. À partir
d’une revue de la littérature, nous conduisons une réflexion sur la problématique
des addictions en Afrique subsaharienne en donnant un aperçu de la situation épidémiologique
et en présentant les programmes de prévention ou de prise en charge
actuellement disponibles dans ces pays.
P. Nubukpo, X. Laqueille
Dans des articles précédents, nous avons rappelé l’intérêt de dosages urinaires de
marqueurs dans le suivi des consommations de boissons alcoolisées et de tabac
(1, 2). L’éthylglucuronide (EtG) est un métabolite direct de l’éthanol. Son dosage
urinaire constitue un marqueur biologique spécifique très sensible (1). La cotinine,
métabolite principal de la nicotine, est considérée comme un marqueur biologique
précis du tabagisme. Une corrélation a été établie entre l’apport nicotinique quotidien
et le taux de cotinine urinaire, mais avec d’importantes variations individuelles.
Chez des ex-fumeurs traités par diverses médications nicotiniques (timbres, substituts
oraux), nous avons pu établir une relation entre l’élimination urinaire rapportée
à la créatinine et les apports quotidiens de nicotine, plus faciles à évaluer chez
ces sujets que chez le fumeur (3). Une telle évaluation permet d’adapter les doses
de nicotine médicamenteuse aux besoins réels du sujet. Cette adaptation pharmacologique
permet de réduire l’intensité du syndrome de sevrage, élément essentiel
pour le pronostic à court terme (2, 4). Toutefois, l’expérience a montré que pour les
faibles doses de consommations d’éthanol ou de cigarettes, les déclarations sont
le plus souvent imprécises (1 à 2 verres par jour ou 2 à 3 gommes par jour). Il nous
a donc semblé nécessaire de vérifier les taux urinaires après des consommations
contrôlées d’éthanol et de nicotine chez un témoin volontaire.
G. Lagrue, M. Dalle Pécal, C. Diviné
• L’appel de la transe, Catherine Clément
• Drogues et accidentalité, Patrick Mura et Pascal Kintz.Préface Étienne Apaire
• Les vaches de Staline, Sophie Oksanen
• Alcool : les jeunes trinquent, Marina Carrère d’Encausse
• Kit de secours pour alcoolique, Pierre Veissière, préface du Pr Bernard Hillemand
• Drogue et langage, Du corps et de langue, Jean-Louis Chassaing
• Pour en finir avec l’alcoolisme, Philippe Batel
• Tabac & Liberté, n° 64
• NIDA NOTES n° 5, vol. 23
• Swaps n° 63, 2e trimestre 2011
• Le Flyer n° 43 et 44, mai et septembre 2011
• Heroin Addiction and Related Clinical Problems (Le journal d’Europad 2011;13,2)